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Brutal mais honnête

par Catherine Savard


 

 

English version

 

Certains des cinéphiles qui iront voir le nouveau film de Mel Gibson, « La Passion du Christ », trouveront que la brutalité de la mort de Jésus, telle que dépeinte dans le film, est plutôt perturbante. Une certaine controverse a accompagnée la sortie du film. De même on a craint que cette représentation des événements bibliques de la crucifixion du Christ, puisse, par son  réalisme excessif, agiter des passions de nature mauvaise, à savoir de type antisémite.

 

Pourquoi le film de Mel Gibson « la Passion du Christ» a-t-il dû être aussi violent? Pourquoi focaliser sur l’aspect plutôt morbide de cette exécution antique? Pourquoi porter nos regards sur une sorte d’erreur judiciaire révoltante, qui a eue lieu, comme c’est souvent le cas, dans un contexte de machinations politiques mêlées à des passions enflammées? Quel est le but dans tout ça?

 

Est-ce que la brutalité et le portrait cru de la souffrance de cet homme constituerait en fait une technique pour mieux vendre le film, une sorte « d’expression religieuse choc » s’accordant avec la tendance de notre temps pour les expériences à sensations fortes?

 

Mel Gibson a dit avoir voulu faire le film le plus réaliste de la représentation des dernières heures de la vie du Christ. Beaucoup s’accorderont pour dire que cet objectif de Mel Gibson a été atteint, au moins en ce qui concerne la représentation des récits bibliques.

 

La question la plus appropriée n’est peut-être pas «  Pourquoi Mel Gibson a-t-il dû faire un film si violent et dérangeant? » mais plutôt « Pourquoi l’effusion de sang et la brutalité y étaient-ils en première place?

 

Historiquement, on pourrait dire que dans les temps anciens la vie en général et les exécutions en particulier avaient tendance à être plutôt brutales. Jésus a été exécuté en tant que criminel non-Romain. Le type de mort réservé aux gens de cette catégorie avait pour objectif de choquer et d’intimider la population soumise. La mort de Jésus a été horrible et choquante parce qu’elle se devait d’être horrible et choquante.

 

D’un point de vue biblique, on pourrait penser à toutes les prophéties spécifiques, données dans l’Ancien Testament pour pouvoir identifier le Messie. Celles-ci relataient des détails qui concernaient non seulement la vie du Messie, mais aussi la façon dont Il mourrait. On peut dire que la nature brutale et injuste de la mort de Jésus sur la croix constituait une partie du code d’identité de Jésus, qui permettait au monde de reconnaître en lui le Messie. Ainsi Ses propres affirmations faisant de Lui le Messie d’Israël pouvaient être authentifiées.

 

Théologiquement parlant, les souffrances et la mort de Jésus étaient cruciales pour que le plan général de Dieu se réalise, afin que les hommes soient réconciliés avec Lui. Sans effusion de sang innocent, à la place des coupables (vous et moi sommes de ceux-ci), la justice de Dieu ne peut pas être accomplie et l’humanité ne peut pas vivre une relation harmonieuse avec un Dieu juste et saint. Jésus a littéralement fait office de bouc émissaire. Depuis son origine, la cérémonie de l’égorgement du bouc émissaire, fidèle à l’ancien rite religieux juif, était un événement sanglant, sale que certains qualifieraient de cruel.

 

Mais bien que toutes ces indications puissent donner le contexte pour mieux comprendre le film, elles ne semblent pas réellement satisfaisantes sur le plan émotionnel.

 

Le film « La Passion du Christ » touche surtout les gens au niveau émotionnel. Ces derniers voient des images à travers l’écran, mais d’une façon ou d’une autre, beaucoup d’entre eux semblent être atteints et touchés au cœur de leur être. Peut-être que ce film n’a pas la même signification pour tout le monde, peut-être qu’il n’est pas vécu de la même façon par tout ceux qui le regardent. Mais le fait est que beaucoup rapportent être profondément remués par l’expérience d’avoir vu le film.

 

Pourquoi?

 

Interrogez cent personnes qui ont vu ce film et vous aurez cent réponses différentes.

 

Au centre de « La Passion du Christ » de Mel Gibson, se trouve la passion originelle de Jésus. Pourquoi est-ce que Jésus a souffert et est mort d’une façon aussi cruelle? Voici une question que les gens se sont posés pendant des siècles.

 

Suite à cette question, d’autres concernant la souffrance et la mort sont alors apparues. Pourquoi un proche meurt-il du cancer? Comment un enfant peut-il être violé et assassiné? Que faire, face à une maladie aussi atroce que celle de Lou Gehrig,  qui finit par avaler ses victimes toutes entières et par les digérer lentement? Pourquoi la souffrance personnelle générée par un millier de guerres stupides? L’esprit recule devant le mal et la laideur, néanmoins tous les jours, ceux-ci sévissent sur « quelqu’un ».

 

La souffrance humaine perturbe, et ceci qu’elle soit expérimentée de près et personnellement ou analysée de loin. Elle est répugnante, cruelle, aveugle, disgracieuse… une liste entière d’autres adjectifs pourraient la qualifier et correspondrait aussi à la crucifixion. Ce problème touche profondément le cœur de notre être.

 

C’est peut-être pour cette raison que le film «  La Passion du Christ » rejoint si profondément autant ce gens; en dressant le portrait de la souffrance de Jésus avec précision, les gens peuvent d’une nouvelle manière avoir compassion de Jésus et sentir que Jésus peut avoir aussi compassion d’eux, au milieu de leurs souffrances et de la mort. Que l’on soit ou non un fervent disciple de Jésus, que l’on accepte ou non les contextes historiques, bibliques et théologiques qui déterminent la compréhension de la crucifixion, le réalité qu’on ne peut fuir est que Jésus était un « homme de douleur », celui qui, par ses propres souffrances, est capable de s’identifier à nos propres peines.

 

Jésus nous a rencontré dans la souffrance. Lorsqu’il nous dit, « Je sais par où tu es passé et ce que tu ressens parce que j’ai aussi souffert », nous pouvons le croire. Et si nous pouvons le croire lorsqu’il s’agit du problème de la souffrance, nous pouvons peut-être commencer à le croire pour le reste de la vie.

 

Finalement, ce n’est qu’à travers une rencontre  profonde avec l’authentique Jésus que nous pouvons espérer échapper à des attitudes aussi abaissantes et destructives que l’antisémitisme.

 

La brutalité et les passions crues de « La Passion du Christ » de Mel Gibson ne sont pas le fruit d’une avidité cynique d’argent, qui utiliserait  le moyen d’une tactique religieuse « choc ». S’il y a une notion choquante dans la crucifixion, elle ne vient pas de Mel Gibson. Si Mel Gibson est fidèle à Jésus et si le film est fidèle au texte d’origine, alors le but de ce dernier est d’aider les gens à trouver l’espoir au milieu d’une vie de douleurs et de passions, en voyant Jésus plus clairement.

 

Traduit avec permission par Aurélien Hathout. Droits d'auteur © ilyaplus.com2004

 

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Plus d'info pour le film «La Passion du Christ»

 

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Rencontrez Poly Goy

étudiant en sciences. Ses parents se sont sauvés du Cambodge persécutés par les Khmers rouges.

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