Le Sens caché du Mythe
Une des qualités qui brille le plus dans LSDA est la complexité du travail fourni. Il ne s’agit pas d’un conte écrit pendant un été sabbatique! Tolkien a assemblé son mythe par des années d’ébauches et d’essais plusieurs fois réécrit, avec une dévotion pondérée pour les détails. Il est claire que ce n’est pas un monde imaginaire bâclé, mi-peint, avec des incohérences béantes dans l’intrigue.
Cette attention au détail participe certainement à l’attraction de l’œuvre, tout comme le vocabulaire employé par Tolkien. Le lecteur du vingt et unième siècle y trouve une éducative richesse en archaïsmes.
Fait beaucoup plus important, LSDA est fermement structuré par la conception du monde de Tolkien. La trilogie reflète ses plus profondes convictions concernant la construction d’un mythe et la vérité.
Ses idées étaient bien développées, bien qu’un peu éloignées de celles de bon nombre de ses lecteurs. Cependant, en comprenant la pensée de Tolkien, on peut expliquer sa grande popularité et l’attrait de son travail.
On trouve le point de vue du professeur sur la construction du mythe dans l’essai On Fairy-Stories. Cet essai est un traité décousu de l’histoire, de l’attrait et de la signification des récits imaginaires. Tolkien a écrit On Fairy-Stories presque en même temps que ses premières ébauches de LSDA, et a ainsi révélé sa pensé à « mi-création ».
Alors que certains renvoient rapidement l’imaginaire ou les « conte de fées » au rang d’histoires pour enfants, Tolkien rétorque vigoureusement :
« … les contes de fées offrent aussi, dans un mode ou à un degré variables, les notions suivantes: l’Imaginaire, le Rétablissement, l’Évasion et la Consolation - toutes des choses dont les enfants ont, en règle générale, moins besoin que les gens plus âgés. » 3
Il croit que les récits imaginaires sont des outils puissants pour les adultes. Ceci est particulièrement significatif lorsqu’on lit l’explication que Tolkien donne pour le dernier de ces éléments : « la Consolation d’une Fin Heureuse ». En tant que philologue, Tolkien a inventé le mot « eucatastrophe » pour définir la « joie » d’une fin heureuse :
« La consolation des contes de fées, la joie de la fin heureuse : ou plus précisément de la bonne catastrophe, le « virage » soudainement joyeux (car il n’y a pas toujours de vraie fin pour les contes de fée). Cette joie, qui est une des choses auxquelles les contes de fée peuvent conduire suprêmement bien, n’est pas essentiellement « une évasion », ou une « fuite ». Dans le cadre du conte de fée – ou dans un autre monde -, c’est une grâce soudaine et miraculeuse, dont on ne peut pas imaginer qu’elle puisse se reproduire. 4
Tolkien écrivait avec son cœur, comme un auteur amoureux de littérature et un homme de foi profonde. Il a plus tard révélé qu’il a pleuré en écrivant dans LSDA que les hobbits étaient honorés, au « champs de Cormallen ». C’était un moment d’eucatastrophe, le moment, en effet, d’un tournant soudainement joyeux après un long combat contre les redoutables forces du mal.
On ne peut pas douter que le mythe de Tolkien soit teinté de sa foi chrétienne. Il a assuré que ses écrits sur Terre du Milieu n’étaient pas des allégories, comme on en trouve dans les contes de Narnia écris par Lewis. D’une manière générale, il n’aimait pas le mince voile de l’allégorie. Son approche était plus subtile; sa confection du mythe (« la sous-céation » comme il disait) devait selon lui refléter une réalité plus profonde. Ainsi :
« … la « joie », dans des contes imaginaires réussis, peut être comprise comme étant un soudain aperçu de la réalité sous-jacente de la vérité. Ce n’est pas seulement une « consolation » pour la souffrance de ce monde, mais c’est une satisfaction, une réponse à la question : « Est-ce vrai? »… Mais dans « l’eucatastrophe », nous voyons une brève vision qui nous montre que la réponse peut être plus grande – ça pourrait être une lueur lointaine ou un écho de l’évangile dans le monde réel. » 5
Tolkien a vu dans les évangiles du Nouveau Testament le contenu d’une sorte de conte de fée (véridique), qui recoupe « toute l’essence des contes de fée ». 6 Il a vu dans la Naissance du Christ l’eucatastrophe de l’histoire humaine, et dans la Résurrection du Christ de la mort l’eucatastrophe au cœur de l’Incarnation. Ce sont ces « virages soudainement joyeux » qu’il célébrait et chérissait dans sa vie de chrétien. Tolkien a écrit :
« L’histoire commence et finit dans la joie. Elle a de façon prééminente la « consistances intérieure de la réalité ». Pas un conte jamais raconté par les hommes n’est vrai, et pas un homme sceptique ne les a reconnu comme étant vrais par eux-mêmes. Car cet Art est sur le ton suprêmement convainquant de l’Art Primaire, c’est à dire, de la Création. Le rejeter mène soit à la tristesse soit au courroux. » 7
Tolkien a débattu de ces convictions avec d’autres érudits. Dans Surpris par la Joie, C.S Lewis décrit une longue soirée de discussion avec Tolkien et Hugo Dyson, un autre collègue. Tolkien expliquait patiemment son point de vue sur l’histoire du Christ qu’il pensait être un mythe véridique.
Peu de temps après, Lewis a embrassé la foi chrétienne et est devenu un de ses fervents défenseurs, allant même jusqu’à rédiger des livres tels que Pourquoi je suis chrétien et The Screwtape Letters.
Entrer dans la joie
Beaucoup de lecteurs ne débattront pas sur le discours hautement intellectuel de On Fairy-Tales (Des Contes de Fée), ni de ce qui est appelé « l’eucatastrophe »! Mais pour eux, la lecture de LSDA est plus que seulement un bon divertissement; c’est aussi un grand réconfort et un plaisir qui se répète.
Pourquoi?
Le Bien doit s’opposer au Mal. Le petit et le négligé, s’il est déterminé, peut réellement marquer une différence dans un monde assailli par de nombreuses terreurs.
Le courage et le sacrifice de soi peut inspirer au dévouement et à l’héroïsme qui seraient sinon inconcevables. Les lecteurs pleurent, pas seulement dans le Champs de Cormallen, mais aussi dans le retour en solitaire de Samsagace, quittant les Havres Gris.
Les tournants de joie soudains n’éliminent pas les pincements de tristesse dans la vie. La Terre du Milieu de Tolkien expérimente, à un prix très élevé, la défaite du Mal, la fin d’un Age. Les Elfes partent, et beaucoup de ce qui est juste et beau est perdu.
La foi de Tolkien fait des signes au lecteur de sa fiction. Ce monde dans lequel nous vivons est aussi imparfait, tâché et menacé par le Mal. À chaque génération, on voit toujours beaucoup de Mordors dans les informations et les nouvelles. Les elfes sont peut-être partis, et ils ne reviendront pas; L’Homme a été rejeté du Jardin.
Mais Tolkien ne croyait pas que nous serions laissé à nous même, sans espoir et sans aide. La victoire a été totale, d’un grand prix, grâce à la descente d’une croix et une tombe vide. Le résultat de cette eucatastrophe : une possibilité de joie, d’une relation et de repos. Comment alors vivrions-nous?
Tolkien nous aura fait chercher, comme il a lui-même cherché, dans des simples mythes qui apportent des moment de fin heureuse. Il a pointé du doigt le chemin qui mène au Vrai Mythe et qui apporte une plus grande joie.
Peut-être aussi, et peut-être seulement, aurait-il souri en voyant la version cinématographique du Seigneur des Anneaux récemment réalisée!
Jim Layman est Directeur Régional au sein de Campus pour Christ. Il habite à Medford, au Massachusetts. jim.layman@uscm.org
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Notes
1- Citation de Carpenter, Tolkien : a Biography, p.148
2- la trilogie cosmique, de C.s Lewis : Hors de la Planète Silence, Perelandra et Cette Force Cachés
3- Tirés de « On Fairy Stories », p.46, The Tolkien Reader
4- On Fairy Stories, p.68
5- Ibid, p. 71
6- Ibid, p. 71
7- Ibid, p. 72
Bibliographie sélectionnée:
Tolkien, Humphrey Carpenter,(the authorized biography)
The Tolkien Reader, J.R.R. Tolkien, see essay "On Fairy- Stories"
Surprised by Joy, C.S.Lewis
England and Always, Jared Lobdell
The Inklings, Humphrey Carpenter
Pourquoi je suis chrétien, C.S Lewis
Traduit avec permission par Aurélien Hathout.