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Où sont, dans la littérature moderne, les chemins de campagne bucoliques, qui se transforment en repaires de méchants poursuivants? Où pourrait-on voir grincer des saules malveillants, qui piègent les promeneurs imprudents? Où est-ce qu’une vielle épée, brisée, rengainée et cachée, peut être reforgée pour devenir l’arme du messager d’un soi-disant roi?
Tout ceci, et bien plus encore, se trouve dans les pages de La Communauté de l’Anneau, premier volume du best-seller Le Seigneur Des Anneaux.
Peut-être as-tu déjà lu, et relu, la trilogie entière du Seigneur Des Anneaux, et tu veux en savoir plus… Peut-être que tu as vu les films et que tu fais partie des curieux.
Avertissement au lecteur : cet article ne prétend pas être le manuel élémentaire du Seigneur Des Anneaux. Il existe de nombreux livres de cette nature sur le marché (et sans doute, de nouvelles parutions sont prévues pour bientôt).
Ces quelques phrases servent plutôt d’une brève présentation pour aider à comprendre John Ronald Reuel Tolkien, l’auteur et le créateur de mythes, ainsi que ses valeurs.
Le Seigneur Des Anneaux (LSDA) a joui de périodes de vaste popularité depuis sa publication initiale, dans les années 1950. Cette popularité, particulièrement exaltée dans les années 1960 et 1970, ainsi que les éditions sur papier et la célébrité résultante, ont contribué à mythifier l’auteur.
Une part «d’étrangeté » fascinante a entouré la trilogie, son créateur et son impact s’est prolongé sur les lecteurs.
L’homme : John Ronald Reuel Tolkien
Un jeune lecteur pourrait faire la première remarque que J.R.R. Tolkien avait beaucoup d’initiales dans son nom. C’est peut-être, pour la plus grande part des lecteurs qui ont découvert son travail, un premier aperçu de l’étrangeté, de la distance apparente entre Tolkien et le reste du monde.
L’auteur était très attaché à ses souvenirs d’enfance, et ses visions de l’univers britannique. Il adorait passionnément la campagne de sa jeunesse, dans le Centre-Ouest du pays. On peut facilement conclure qu’il a fait du Comté une forme idéalisée de « son Angleterre».
Tolkien était fou des « aliments ordinaires », une cuisine continentale peu aimée et de grand impact sur le goût anglais. Il déplorait la perte de la société agraire, simple, et regrettait le bruit et les vapeurs de l’industrialisation.
Son amour des arbres et du bois est très visible dans sa littérature. Mais il n’était cependant pas un homme particulièrement assoiffé du grand air. Tolkien a quand même abandonné son automobile au profit de sa bicyclette pour faire les courses et pour se rendre à l’université d’Oxford.
Tolkien était avant tout professeur d’anglais. À Oxford, Tolkien était un philologue brillant, bien que distrait. Professeur d’anglo-saxon, il maîtrisait les langues mortes liées à sa profession. Les langues étaient sa passion. Il publiait des ouvrages scolaires de traduction et il retravaillait assidûment ses populaires et nombreux cours.
Il aurait pu laisser une marque encore plus profonde avec ses enseignements et ses recherches, mais c’est par un autre mythe qu’il a suscité la fascination. Sous le masque d’un talentueux mais apparemment ordinaire professeur universitaire de classe moyenne, se cachait un esprit extraordinairement brillant et créatif.
La Création du Mythe
La création impérieuse de Tolkien, sa longue histoire d’amour, a premièrement découlé de sa fascination pour la linguistique. Il y a la question de ses langues inventées : Tolkien les a travaillées durant des années, a commencé à leur créer une histoire, puis des gens pour les parler.
Alors qu’il montait, révisait et polissait ces langues inventées, Tolkien a commencé à leur former un cadre mythique. Ce fût pendant sa convalescence du service militaire en France, au cours de la première guerre mondiale en 1917, qu’il a pour la première fois tissé sa saga originelle du mythe. Ceci pourrait sembler être une curieuse manière de créer une œuvre littéraire aussi magistrale. C’était sa façon propre, qui l’occuperait jusqu’à sa mort, en 1973.
Tolkien donna vie à un mythe épique massif et complexe : les histoires du Silmarillion, des trois grandes pierres précieuses détenues par les elfes nobles et volées par Morgoth, l’être malin. Ces récits se trouvent dans le Silmarillion, qui fut longtemps inédit.
S’expérimentant comme auteur, il a dépeint une aventure située dans la Terre du Milieu, mettant en vedette une petite créature appelée « hobbit ». Ce récit trace les contours d’un plus grand mythe.
Il s’agit, bien sûr de « Bilbo le Hobbit » publié en 1937.
Le livre qualifié de remarquable histoire pour enfants, a été bien accueilli en Grande-Bretagne et en Amérique. En effet, alors qu’il se faisait passer pour de la littérature pour enfants, le roman Bilbo le Hobbit dénotait des qualités les plus profondes et les plus puissantes du mythe de Tolkien.
En réponse, son éditeur le poussa à écrire plus de matériel « hobbit » pour le bénéfice de lecteurs toujours plus avides. Le professeur, très occupé, était cependant prêt à faire quelque chose de plus grand et de plus épique, un livre qui ramènerait Bilbo le Hobbit à la grandeur de l’inachevé Silmarillion.
Après treize années d’écriture, laissée parfois de côté durant des mois à cause des examens, des préparations de cours, des traductions et rédactions scolaires, le professeur bâtissait et tapait soigneusement les 71 chapitres et appendices de ce que nous connaissons sous le nom Le Seigneur Des Anneaux.
Il n’écrivait pas que dans ses temps libres. Il n’écrivait pas dans l’isolation complète. Comme décrit plus haut, Tolkien écrivait sa fiction lorsque ses nombreux autres devoirs étaient accomplis, dans quelques heures volées dans la journée ou souvent tard dans la nuit.
Il avait également un public. Initialement, il avait créé Bilbo Le Hobbit comme divertissement pour ses enfants. Il y avait aussi des adultes intéressés. Une amitié significative s’était développée avec
C.S. Lewis, un collègue d’Oxford.
Réunis par leur amour pour la littérature et le goût pour la mythologie nordique (que Lewis appelait « Northerness » « La Nortitude »), ces deux professeurs de l’université d’Oxford étaient cependant totalement différents. Tolkien était catholique romain, et Lewis, fils de protestants d’Irlande du Nord. Lewis luttait (initialement) avec l’agnosticisme, alors que Tolkien était un chrétien dévoué. Tolkien s’était marié jeune et Lewis était célibataire de longue date. Lewis était au département « littérature » de la faculté, Tolkien dans le département « Langues ».
En plus des points communs aux hommes de leur génération, vétérans de la Grande Guerre, ils étaient unifiés, avec d’autres hommes, par la bonne bière, les bonnes discussions, et dans leur cas, les lectures et les rédactions de leurs ébauches. Bientôt, il échangeaient leurs manuscrits et offraient des critiques amicales de leurs compositions respectives. Tolkien a même lu à voix haute des extraits du Silmarillion à Lewis, lequel l’a vivement encouragé. Plus tard, Tolkien dira :
« Il a longtemps été mon unique audience. C’est grâce à lui seul que j’ai eu l’idée que mes « histoires » pourraient être plus qu’un loisir privé. » 1
Alors que les années passaient, le publique de Tolkien s’élargissait. Nombre d’amis commençaient à se réunir autours de Lewis et Tolkien pour former un cercle d’écrivains (connu sous le nom «The Inklings » « Les idées vagues »).
Des portions des travaux non publiés étaient lus et débattus. Dans les années 1930 et 1940, le groupe a entendu Bilbo le Hobbit puis LSDA, avant leur publication. Lewis a aussi lu des parties de ses travaux, comme les Chroniques de Narnia et sa « Trilogie cosmique ». 2 Une lecture riche, certainement!
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